« The State of Arduino » analyse de la conférence de Massimo Banzi

Beaucoup d’informations intéressantes ont été diffusées lors de cette 10ème Maker Faire de San Fran­cisco et je vous propose ici un petit retour sur la conférence de Massimo Banzi co-fondateur du projet Arduino.

Massimo revient brièvement sur le litige entre Arduino LLC et Arduino Srl (initialement Smart Projects), deux sociétés fondées pour les besoins du projet Arduino. La première se concentrant sur l’environnement, le site et la communauté, et la seconde sur la fabrication des cartes. Les mois derniers, la tension est montée entre les deux entités avec comme point de rupture une bataille juridique autour de la propriété de la marque « Arduino » déposée par Arduino Srl en 2009 et le fork de l’environnement de développement (une version Arduino LLC en 1.6.4 et une version 1.7.3 par Arduino Srl).

Massimo précise que les procédures légales sont en cours et que cela débouchera forcément sur une solution (« nous traverserons cela« ), tout en annonçant un premier partenariat avec AdaFruit Industries pour la production des nouvelles cartes (ainsi que SparkFun et d’autres). Il précise également à son audience que la défense d’une idée originale est quelque chose d’important et on peut lire entre les lignes presque un conseil du type « ne faites pas la même chose que nous, si vous avez une idée géniale, que vous lui donnez un nom et que vous vous lancez, déposez votre marque« .

Il annonce également ce qu’il qualifie de « marque sœur » (« a sister brand« ), « Genuino », en citant Sha­kes­peare, « ce que nous appelons une rose sentirait tout aussi bon avec un autre nom« , tout en précisant que la marque est déposée mondialement. Là encore on devine entre les mots que ceci présage très certainement d’une conclusion légale en faveur de Arduino Srl concernant la propriété de la marque « Arduino » ou, du moins, une manœuvre préventive dans cette éventualité.

Concernant l’IDE Arduino, Massimo revient sur le nouveau Board Manager permettant d’ajouter simplement un support pour des nouvelles cartes sans devoir installer tout un nouvel environnement (nous en parlerons dans le prochain numéro 7 d’Hackable, disponible pour la période juillet/août). L’automatisation de l’intégration des bibliothèques est également abordée. Ce sont là, selon moi, deux fonctionnalités qui forment le début d’une intégration massive de ce type de gestion centralisée. Il est fort probable que ces fonctionnalités s’étofferont dans l’avenir et se dirigeront vers quelque chose d’assez similaire à une gestion de paquets d’une distribution GNU/Linux ou de greffons comme on peut en trouver dans l’IDE Eclipse par exemple.

La notion de cloud est également abordée avec une version en ligne de l’environnement de développement sous le nom create.arduino.cc (actuellement en beta privée), qui n’est pas sans rappeler mbed. Il sera ainsi possible de « développer dans les nuages » et de déployer du code (croquis) à la fois sur une carte Arduino locale connectée en USB, mais également « à travers le cloud » sur une carte distante. Personnellement, je ne suis pas un grand fan de ce genre de systèmes de développement totalement dépendant d’une connectivité internet, impliquant une attention toute particulière concernant la sécurité et donnant le sentiment d’être un peu dépossédé des outils de développement.

Il est également fait mention d’un projet de recherche consistant en la fabrication de « briques » intelligentes interconnectables. Chaque brique disposant de son microcontrôleur, celles-ci s’assemblent pour former un montage configurable sur ordinateur via une interface graphique. Les briques se reconnaissent entre elles et permettent donc de fonctionner de concert via une représentation graphique. Je ne sais trop que penser de cette approche qui ressemble plus à un jeu de construction qu’à de l’électronique. Les briques ou module présentés dans la vidéo semblent équipés de microcontrôleurs (certainement d’Atmel) , chaque fois associés à une fonctionnalité (capteur LDR, bouton, buzzer piézo, etc.). Le projet sera open source et open hardware, mais quelque chose me dérange dans le fait d’utiliser, par exemple, 5 microcontrôleurs pour gérer 2 boutons, une LDR et un buzzer…

L’argument de Massimo, « Nous avons des microcontrôleurs incroyablement puissants qui coûtent de moins en moins, pourquoi continuons-nous à faire ces choses à la main ? » (13m30 dans la vidéo), me laisse assez dubitatif et me donne envie de répondre simplement « à cause du prix ? » ou « parce que l’utilisation optimale et efficace des ressources est parmi les choses à apprendre en premier ?« . Ceci me parait sans doute très intéressant dans un environnement éducatif ou ludique, mais potentiellement contre-éducatif en terme d’électronique pure et d’ingénierie. Dave Jones d’EEVblog a justement récemment précisé cela brillamment dans une vidéo « Pourquoi apprendre les bases de l’électronique » (en anglais).

Enfin, Massimo parle également brièvement des nouvelles cartes dont l’Arduino Gemma d’Adafruit déjà disponible, de l’Arduino Zero le 9 juin (enfin !), du nouveau shield Wifi à base d’Atmel WINC1500 (25 juin) et du Yùn shield s’ajoutant à une carte Arduino, offrant les capacités d’une Arduino Yùn et permettant de programmer n’importe quelle carte Arduino à distance.

En résumé, ce qu’il faut retenir de cette conférence tient en peu de choses : une migration potentielle vers « Genuino » pour certains pays (dont ceux d’Europe), quelques nouvelles cartes, de nouveaux partenariats, une version online de l’environnement et un jeu de briques pour débuter en électronique…

3 commentaires sur “« The State of Arduino » analyse de la conférence de Massimo Banzi

  1. Bonjour,

    j’ai acheté de manière impulsive une arduino M0 pro (made in Italy) sur laquelle figure un lien vers arduino.org. Quelles différences avec l’arduino zéro figurant sur le site arduino.cc ?

    j’attend avec impatience le n°7 qui je l’espère fera une large place à cette nouvelle carte.

    Merci.

    • D’après les informations en ma possession (schémas, datasheets, etc) les différences entre Arduino Zero Pro (Arduino Srl) et Arduino Zero (Arduino LLC) sont relativement minimes. Circuit très similaire, même microcontrôleur, etc.

      Je n’ai pas encore eu le temps de me pencher en pratique sur ces nouvelles cartes mais, d’après les caractéristiques, le rapport fonctionnalités+puissance/prix est bien plus favorable à l’Arduino Due. La Zero à une fréquence presque deux fois moindre, moins de flash, moins de SRAM, moins d’entrée/sortie, deux fois moins de sorties analogiques (DAC)… Techniquement, pour moi, elle se place entre la Leonardo et la Due… sauf au niveau du prix (40€ pour la Due, 32 pour la Leonardo et 44€ pour la Zero store US arduino.cc, 42€ pour la Zero Pro chez RS)

      Le point le plus important de la Zero (et Zero Pro) est la puce EDBG permettant un contrôle de l’exécution du code directement sur la carte. Ceci facilite grandement la recherche et la correction de bugs mais pas avec l’environnement Arduino. Il faut, pour s’en servir, utiliser Atmel Studio ou des outils GNU/Linux comme OpenOCD, GNU Gdb… Je pense qu’une prochaine version de l’environnement Arduino offrira sans doute de telles fonctionnalités, mais c’est quelque chose qui ne se développe rapidement.

  2. Merci beaucoup pour cette réponse.

    Je ne sais pas si c’est le lieu mais je tenais à vous féliciter et vous remercier pour le contenu de la rubrique arduino’n’co du n°6. C’est exactement ce que je recherche a savoir : partir d’une « base arduino » pour progressivement apprendre à faire sans. Concrètement depuis la lecture de ce numéro je suis aller fouiller dans la documentation ATMEL chose que je n’avais jamais fait auparavant. Depuis je comprends mieux et utilise les fonctions DDRx PORTx PIN… Je me débrouille avec Les timers dans différents mode (CTC…) J’ai vu comment utiliser le CAN… Générer des signaux MLI à 30kHz… déclancher des interruptions… La revue n’a pas été naturellement ma seule source (un certain nombre de tutoriaux sur le net m’ont beaucoup aidé) mais elle m’a permis d’oser y regarder de plus près. Je n’ai pas encore essayé de programmer des micros via la carte arduino mais destinés à fonctionner en toute autonomie… Mais clairement c’est dans cette direction que je souhaites progresser… Et j’aimerais continuer à trouver dans la revue Hackable une aide dans ce sens.

    Pour revenir à cette nouvelle carte ou à la Due qui semble avoir votre préférence… C’est ce genre de chose que j’aimerai retrouver dans les numéros à venir. Car avec ces nouveaux µcontroleur il me faudra revoir tout ce que j’ai pu apprendre ici avec les AVR 8bits… Nouvelle syntaxe nouvelles commandes C, nouveau nom de registres etc… Une petite aide sera la bienvenue.

    Au plaisir de vous lire !

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